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Cuvinte de învățătură

L’Orthodoxie et l’Occident

 Orthodoxy and the West, by Metropolitan Serafim (Romul) Joantă, Lecture at the First Annual Symposium of Romanian Orthodox Spirituality, organized by the Romanian Orthodox Church in the Americas at the Columbia University in New York (USA), December 7th, 2007; in English by Constantin Bănică. 

 

Depuis longtemps déjà l’Orthodoxie n’est plus seulement „orientale"; elle est présente aujourd’hui sur les cinq continents comme témoin de l’Eglise primitive, indivise : „une sainte, catholique et apostolique“.

Grâce à cette présence orthodoxe dans les lieux traditionnellement catholiques ou protestants et grâce surtout au mouvement œcuménique, les chrétiens d’Orient et d’Occident peuvent mieux se connaître et partager les valeurs spécifiques aux deux Traditions pour respires vraiment de deux poumons. 

Le Christianisme occidental est pragmatique, orienté vers le monde et l’homme réel qui souffre dans son âme et dans son corps. Servir l’homme dans ses besoins les plus concrets avec dévouement et amour est, selon l’Evangile, le critère du jugement dernier. A cause de son pragmatisme, le christianisme occidental est marqué par le juridisme et le moralisme. On sait que l’exercice moyenâgeux du centralisme romain et la théologie scholastique qui a voulu tout expliqué ont conduit à la Reforme dont les principes : „Sola Scriptura „est „Sola Fide „favorisèrent l’individualisme au détriment du personnalisme chrétien. De l’esprit de la Reforme sont nés aussi l’humanisme et le rationalisme qui renferme Dieu dans une transcendance inaccessible. Finalement l’homme n’a plus besoin de se rapporter à Dieu ; il devient lui-même“la mesure de toute chose“. Cet esprit est celui de la Révolution française avec ses „droits de l’homme „(bien sűr, contre les „droits de Dieu“) et aussi celui de Nietzsche annonçant „la mort de Dieu „et l’avenir du „surhomme“.
Cette évolution sera lourde de conséquences pour la vie chrétienne qui perdra de sa force mystique en s’accommodant à l’esprit du monde.
Le renoncement  à l’ascèse du jeűne, et à l’ascèse en général, par laquelle le corps participe lui-aussi au processus de purification et de sanctification a d’autant plus affaibli l’esprit chrétien, engagé dorénavant plus dans les œuvres extérieures que dans la transformation du cœur.
Le christianisme oriental a connu une évolution beaucoup plus unitaire. Grâce à la structure collégiale de l’épiscopat et grâce à la doctrine selon laquelle seule l’Eglise en tant que peuple de Dieu est infaillible, il a pu surmonter les grandes controverses théologiques de son histoire (surtout du premier millénaire), malgré les schismes du V-ème siècle, et garder une étonnante unité intérieure entre foi, liturgie, théologie, mystique, vie consacrée (monastique) et vie dans le monde… toutes orientées vers la sanctification personnelle qui est aussi celle du cosmos.
L’Eglise orthodoxe a la conscience d’être la continuation historique de l’Eglise indivise justement parce qu’elle a gardé  inaltérable le „dépôt „de la foi apostolique (cf. I Tim. 6, 20) contre toute contamination de la „pseudoscience“. Pourtant ce „dépôt „ne doit pas être instrumentalisé, idéologisé ou transformé en science théologique vide d’amour, car il s’agit du Dieu Vivant qui est au-delà de tout concept, de tout discours…

La force de l’Orthodoxie est justement la force humble de sa spiritualité : une spiritualité liturgique et personnelle qui a comme centre le cœur, racine et siège de toutes les facultés et puissances de l’homme ;“lieu „aussi de la grâce baptismale qui attend notre „collaboration „par l’ascèse, selon un adage ascétique d’inspiration paulinienne : „Donne ton sang pour recevoir l’Esprit“. En effet, Saint Paul dit :“Dans votre combat contre le péché, vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang „(Hebr. 12, 4). Et aussi : „je traite durement mon corps et le tiens assujetti, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même rejeté „(I Cor. 9, 27). D’une part, donc, l’exigence de l’ascèse la plus sévère, d’autre part la conscience que „tout est grâce“, tout est don gratuit de Dieu. La perfection, la sainteté ou le salut sont l’oeuvre exclusive de la grâce. L’ascèse ne fait qu’ouvrir ou sensibiliser notre cœur à l’action souveraine de la grâce.

L’ascèse est une dimension fondamentale de la spiritualité orthodoxe. Il n’y a pas de spiritualité sans effort ascétique, sans engagement dans le combat contre le péché et les passions mauvaises. La vie chrétienne est la „voie étroite „faite des renoncements, des difficultés et des souffrances. Elle est opposition permanente à l’esprit de ce monde déchu. Or, c’est justement l’ascèse sous ses multiples formes : sobriété en toute chose, abstinence alimentaire et conjugale, veilles de prière, genouflexions, service des malades et des nécessiteux… qui tient notre esprit éveillé pour la foi et renouvelle en nous la force de l’Esprit. Sans ascèse, le péché et les passions mauvaises s’empareront de nous pour en faire des esclaves.
La prière est, sans doute, la plus grande ascèse du croyant, surtout pour les débutants, car son accomplissement réclame un effort particulier de concentration de l’esprit dans le cœur oů, comme je viens de dire, se rassemblent toutes les facultés et les puissances intérieures. L’esprit (l’intellect, le „noűs“) est une énergie du cœur et doit rester toujours uni au cœur pour avoir la „paix du cœur“. Dans l’état du péché, l’homme ne peut pas jouir de la „paix du cœur“, car le péché fait éclaté l’unité du cœur, c’est-à-dire l’harmonie des puissances psychophysiques concentrées dans le cœur. L’intellect lui-même, oubliant le cœur, se répand à l’extérieur et s’occupe exclusivement du monde matériel ou il „descend „dans les sens pour y allumer la concupiscence et les plaisirs des sens.
Comme nous le savons l’intellect humain jouit par son imagination d’une mobilité fantastique. Seulement la prière peut l’ „arrêter „de son vagabondage et le faire „descendre „dans le cœur. Les hésychastes nous enseignent que pendant la prière, il faut „enfermer „l’intellect dans les mots de la prière et l’ „envoyer „dans le cœur. Ainsi toute prière sera une „prière du cœur“, une prière qui engagera l’être tout entier et non pas seulement l’intellect, comme il arrive souvent. Le danger que court toute prière est justement de rester au niveau purement intellectuel et de ne pas trouver la force de „descendre „dans le cœur. Une telle prière froide, fatigue plus que n’apporte la paix intérieure. Les mêmes Pères nous disent que le secret d’une prière pure, qui engage vraiment le cœur est l’insistance dans la prière. Il faut beaucoup prier pour arriver à une prière de plus en plus pure, fruit finalement de la grâce.
Cette prière réchauffe le cœur, le pacifie, le remplit d’amour pour toute l’humanité et pour toute la création. Ainsi le cœur purifié, unifié et pacifié retrouve son unité ontologique avec l’ensemble de la création qui vit véritablement en lui. Une telle personne, tout comme le Christ, n’est plus séparé de personne et de rien, car elle récapitule intérieurement toute l’existence. Sait Isaac le Syrien nous dit que l’homme au cœur pur pleure sur le péché du monde entier et prie pour tous les humains, même pour les démons !  Aussi est-il prêt à tout instant non pas seulement de servir ses semblables, mais de donner sa vie pour eux.
Nous devons aussi souligner que ce processus de purification et de sanctification par l’ascèse et la prière ne se réalise que dans la communion de l’Eglise en solidarité avec nos frères dans la foi. Personne ne se sauve seul ; chacun se sauve dans la mesure ou il sauve les autres.
Les conséquences d’une telle spiritualité personnaliste, de communion, pour la vie sociale ne sauraient être énumérées. Tout d’abord, la recherche de la „paix du cœur“, cet équilibre intérieur des puissances psychosomatiques est pour l’homme contemporain une question de survie. Aussi l’égoďsme et l’individualisme de nos sociétés ne trouvent-ils pas d’autre remède que par cette spiritualité de communion.
En conclusion, je dirais que le phénomène de la globalisation met le Christianisme tant occidental qu’oriental devant un destin commun et aussi devant le même ennemi qui est la sécularisation. La rencontre des deux Traditions peut être une chance pour leur survie si elles s’ouvraient l’une à l’autre dans l’amour et le respect pour s’enrichir mutuellement de ce que chacune a de meilleur : l’Orthodoxie forte de sa mystique et l’Occident excellant par son pragmatisme mis au service de l’homme concret.

Le métropolite Serafim

 

 

 

 

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