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 a l'occasion de la signature du traité d'adhésion à l'Union européenne, Schengen, 25 avril 2005

 Les Roumains vivent aujourd’hui un jour historique qui a la signification d’une fête nationale : après 45 ans de domination communiste et 15 ans de transition douloureuse ils sont reçus dans la grande famille des pays démocratiques qui forment l’Union européenne. C’est un acte de justice dont nous sommes fiers car il nous redonne notre dignité. Si dans le passé non lointain beaucoup d’entre nous avaient souvent honte de se dire roumain à cause de notre histoire malheureuse ternie par la dictature communiste, dorénavant personne n’a plus le droit de cacher son identité.

  Je dirais que c’est seulement aujourd’hui par la signature du Traité d’adhésion à l’Union européenne que l’accord de Yalta, de février 1945 selon lequel la Roumanie entrait dans la sphère de l’influence soviétique est annulé.

   Les Roumains ont toujours eu la conscience d’appartenir à la grande famille des peuples européens unis par la même foi chrétienne. D’ailleurs « c’est le christianisme qui a créé l’Europe » disait le grand théologien français, le Père Ives Congar.

 A son tour, le philosophe roumain Constantin Noica disait que l’Europe est née à Nicée (près de Constantinople – l’Istanbul d’aujourd’hui) avec le premier Concile œcuménique où selon Eusèbe de Césarée participaient représentants « de toute l’Europe, de Libye et de l’Asie ». Parmi eux, aussi un évêque de Tomis- Constanta.

 Aujourd’hui tout le monde s’accorde pour reconnaître que l’Europe s’est constituée en tant que synthèse entre la civilisation romaine, l’hellénisme et la spiritualité chrétienne. La force motrice de cette synthèse fut justement le christianisme. C’est pourquoi Paul Vallery, disait en 1922 « toute race et toute terre qui a été successivement romanisée, christianisée et soumise surtout à l’esprit et à la discipline hellène est absolument européenne ».

  Malheureusement, l’Europe unie du premier millénaire dont la capitale était en Orient, à Constantinople s’est scindée à partir du deuxième millénaire et a eu l’évolution que nous connaissons tous.

  La nouvelle Europe, dans la vision de ceux qui ont initié le processus de son unification dont aussi Pierre Werner, grand ami de la Roumanie, se veut une Europe des nations et des cultures complémentaires. Je me rappelle de la visite que j’ai rendu en 1995 avec M. le Professeur Postolache, notre ambassadeur à Luxembourg et le R.P. Constantin Duţuc à Pierre Werner et de l’entretien avec lui sur ce thème.

 Même si les auteurs de la prochaine Constitution de l’Union Européenne ont refusé de mentionner dans son Préambule le rôle du christianisme dans l’histoire de l’Europe, cela ne signifie pas que l’Europe n’a pourtant pas une identité chrétienne. L’Europe reste dans ses racines chrétienne bien que le christianisme ait perdu surtout en Occident de sa force mystique.

  Une Europe unie seulement au niveau politique et économique a peu de chances de survivre. Sa durabilité et son harmonie viennent de l’esprit. Même certains politiciens comme Jacques Delors ou Romano Prodi en sont conscients lorsqu’ils affirment : « L’Europe a besoin d’une âme ». De l’âme chrétienne, bien sûr. Le même théologien Yves Congar disait : « Si on veut faire l’Europe moderne sans le christianisme, ça ne marchera pas ».

  Quel serait l’apport des Roumains à l’Europe unie ?

  Je dirais, tout d’abord, leur âme croyante, douce et modeste; la spiritualité orthodoxe, merveilleuse synthèse de l’esprit latin et de l’esprit mystique orientale, cette mystique dont l’écrivain français Malraux (+1976) disait que sans elle le XXI siècle ne pourra pas exister. Aussi, notre riche culture, elle aussi synthèse des cultures propres à l’Occident et á l’Orient, car la Roumanie a toujours été une terre de rencontres. Et bien sûr, l’intelligence de tant de roumains, surtout jeunes, qui sont déjà présents dans les pays occidentaux.

  La chaleur et l’hospitalité des roumains, expression de leur foi et spiritualité orthodoxes, impressionnent tous ceux qui visitent la Roumanie. Lorsque l’évêque Joseph Hommayer, représentant de l’épiscopat catholique européen auprès des institutions de l’Union Européenne à Bruxelles, a visité, il y a un an, la Roumanie, impressionné par la chaleur de la foi du peuple roumain, fit cette déclaration : « J’ai toujours cherché le cœur de l’Europe, maintenant je l’ai trouvé ici à Bucarest » .

  Les occidentaux sont impressionnés lorsqu’il participent à une Liturgie dans une église orthodoxe pleine de fresques et d’icônes, ou entendent parler de la spiritualité orthodoxe dont le but est la pacification de l’homme intérieur, l’union de l’intellect et du cœur par la prière et l’ascèse. Cette mystique répond au besoin d’intériorisation de l’homme moderne qui vit dans un monde dominé excessivement par la raison et la technique. L’Orthodoxie avec sa spiritualité peut donc être une chance pour l’Europe unie.

  A leur tour, les Roumains peuvent et doivent apprendre de leurs frères occidentaux le respect de la loi, la discipline et le sérieux dans le travail ainsi que l’engagement dans la vie communautaire pour le bien commun. Cela signifie, finalement, plus de volonté à s’intégrer dans l’esprit européen caractérisé, selon Paul Valery, par « maximum de travail, maximum d’ambition et de puissance, maximum de relations et d’échanges ».

  « Homo europeus », dit le même auteur « ne se définit ni par la rase, ni par les coutumes ; il se définit par l’ampleur de sa volonté… ». J’ajouterai, l’ampleur de sa volonté soutenue et encouragée constamment par la foi.

  Je remercie au nom de la communauté roumaine de Luxemburg et de tous les fidèles roumains ici présents les autorités de cette ville pour l’accueil chaleureux et l’intérêt qu’elles manifestent pour la Roumanie.

  Métropolite Serafim